La faute de goût.

La Jonchère (SUI), le 9 juin 2018 : Le Matin papier ferme. Ça eut payé, mais ça paie plus ! Alors on ferme. Si, dans un passé encore récent, le paysan de Fernand Raynaud a fait rire des millions de gens, la décision des gnomes zurichois ne fait rire personne.

Avec ce coup de ciseaux disparaissent les pages sportives les plus lues de Romandie et avec elles celles et ceux qui les écrivent, les journalistes. « Oui, mais il y a Le Matin digital, les gratuits! » Le digital ? Parlons-en. Rien ne remplace le contact que l’on qualifiera de charnel avec le support papier, la vision d’un texte dans son contexte, la surface de la page, le coup de crayon dans la marge. A l’heure de l’espresso matinal, c’est le journal que l’on ouvre, pas la tablette. Le papier a une saveur, une odeur que le digital n’aura jamais.  Les gratuits alors ? Ils ne valent, en terme rédactionnel, guère plus que leur prix de vente.

La disparition de ces pages sportives prive le lecteur de la pertinence de l’analyse du journaliste, dont le métier est de raconter la troisième mi-temps, le quatrième tiers-temps, de clarifier les intrigues, d’ajouter son trait de plume à l’analyse. Chaque journaliste développe une vision propre, individuelle, originale, à l’instar des grands chefs de cuisine. Sans les pages du Matin, c’est une saveur, un goût qui disparaissent. Bientôt, c’est à la soupe populaire que les lecteurs romands seront invités. Le même match pour tout le monde, formaté, de Sion à Delémont, du Locle à Carouge. La mise à pied de journalistes nous prive de ces saveurs, de ces nuances, des richesses contenues dans de multiples visions du même match. Fermer Le Matin papier relève de la faute de goût de décideurs prétendus visionnaires.

Pas rentable ? C’est tout le contraire que l’on entend dans la plupart des rédactions de journaux régionaux. La recette ? Un journal, un contenu qui répond aux attentes de ses lecteurs. Comme le faisait le contenu sportif du Matin papier. Et cela relève du marketing. Peut-être ce qu’il a manqué dans la décision de supprimer le titre.