Que de dénivelés avalés avant ses premiers Jeux olympiques
A Dombresson, à un Schuss des Bugnenets, un champion chasse l’autre ! Après Didier Cuche, la Commune de Val-de-Ruz vit, depuis quelques saisons, de nouvelles émotions grâce à Marianne Fatton, un talent dont le palmarès n’a cessé de s’enrichir. Dans sa discipline favorite, le ski alpinisme et, en particulier, dans les épreuves de sprint, elle est montée en puissance années après années et ne compte plus ses succès, au point de dominer de la tête et des épaules toutes les rivales de sa catégorie.
A 30 ans, elle a déjà, derrière elle, un titre de championne du monde junior conquis en 2015 à Verbier (SUI) et celui de championne du monde espoir remporté en mars 2017 à Piancavallo (ITA). En 2025, elle est au sommet en remportant le titre mondial de sprint.
Retour sur son parcours, des pentes de la Combe Biosse au sommet de l’Olympe.

L’hiver, Marianne le traverse sur ses skis. L’été, elle s’entraîne et s’entraîne sans relâche. Sur les pentes du Mont d’Amin, à une foulée de chez elle, ou en participant au BCN Tour, se payant le luxe de battre les favorites, lors d’une étape passée, chez elle à Dombresson. Juste comme ça. Pour s’entraîner !
Qui est Marianne Fatton ? Une athlète, pugnace, prête à relever tous les défis. Une jeune femme bien dans sa tête et sur ses skis, un role model, comme le qualifieraient tant l’esprit que la lettre du Mouvement Olympique et les athlètes qui le composent. Sportive douée, la tête près du bonnet, Marianne a soigné sa préparation comme ses études, sachant pertinemment que les beaux jours au sommet de la pyramide sportive prennent fin un jour.
Marianne Fatton nous avait accordé une interview (octobre 2017), relayée par Pays Neuchâtelois, alors qu’elle signait ses premiers succès.
Comment tout cela a commencé ?
C’est un peu une histoire de famille ! Mes parents m’ont mis des skis de fond aux pieds alors que je n’avais que deux ans ! Ils n’ont cessé depuis de m’encadrer, de m’encourager, de me guider dans mon apprentissage. On dit souvent que le fruit ne tombe jamais bien loin de l’arbre : Et bien cela se vérifie chez moi, dans la mesure où ma maman a réalisé une belle carrière sportive dans sa jeunesse, en participant notamment aux 15 et 30 km nordiques aux Saisies, lors des JO d’Albertville en 1992 et sous les couleurs de la République Tchèque.
Mes premiers skis ont été des skis de fond. Normal, je suivais ma mère ! Puis, je me souviens également de mes premiers skis alpins et des pentes des Bugnenets, celles de Nax, en Valais, où nous allions souvent et où je faisais mon apprentissage de la course avec mon grand frère. Il y a bien sûr les pentes de Chasseral et sa terrible Combe Biosse que j’ai vaincue la première fois, « hissée » par mes parents en sueur. J’avais 6 ans et pas encore de peaux sous mes skis !
La course de vos débuts ?
J’en garde un souvenir amusé. C’était en 2009, tout près de chez moi, au Pâquier. Le Ski Club organisait alors « La Verticale du Crêt du Puy ». J’ai terminé ex aequo avec une amie. Je me souviens avoir fait toute la course à ses côtés, en discutant. A l’arrivée et à notre grande surprise, les officiels nous ont signifié que nous étions les premières ! J’avoue que nous n’avions pas encore trop l’esprit de compétition ! On a passé toutes les deux un très bon moment sans se soucier une seconde du chronomètre !

Et cet esprit de compétition vous a gagné à quel moment ?
En mars 2014, lors du défi des Faverges (Crans Montana). Mes parents y participaient régulièrement et, un jour, j’ai insisté pour les suivre. J’ai donc fait cette course en équipe avec ma mère et une de ses amies ; j’étais super contente et, en même temps, terrifiée de ne pas être à la hauteur de ce qui était pour moi un défi. Alors je me suis surpassée pour donner le meilleur de moi-même car je ne voulais pas les décevoir. Finalement, nous avons fait une super course, en terminant au 4ème rang et nous étions toutes très contentes. Cette course reste un magnifique souvenir pour moi ; à l’arrivée, j’étais très émue et fière d’avoir réussi !
Avec le recul du temps, j’avoue que ce résultat m’a à la fois inspirée et motivée. L’année suivante, j’ai participé à des tests physiques organisés par le Club alpin suisse. Ce pas franchi et réussi, j’ai intégré le Centre Régional Ouest du Club, à Bulle, pour y suivre des entraînements, pour améliorer mes performances. Cette étape marque effectivement mes débuts dans la compétition, dans la mesure où j’étais alors prise en charge par un staff organisé, avec une activité orientée et planifiée.
Un titre de championne du monde change la vie de l’athlète que vous êtes ? Y a-t-il un avant et un après ?
Un titre, une victoire me fait toujours plaisir, je ne le cache pas. Mais n’exagérons rien. Oui, je suis très fière de mes résultats, en particulier celui obtenu en février 2015, à Piancavallo (ITA). J’y ai remporté le titre mondial en sprint de la catégorie espoir. Mais ce qui m’a le plus touchée dans cette aventure c’est le fait d’avoir couru avec les seniors. En effet, les espoirs et l’élite font la même course, en même temps. Et là, j’ai terminé certes au premier rang des espoirs, mais aussi au troisième rang du classement de l’élite ! Un rêve qui se réalisait, mon premier podium chez les meilleures ! Ça c’est le top !
Cela étant, ma vie ne change pas pour autant. Au fil des courses, je prends de plus en plus confiance en moi. Cela me motive et me permet de mieux gérer la pression que mon entourage exerce parfois sur moi. Avec le temps, on prend de l’assurance et le recul nécessaire.

Etes-vous sensible à la notoriété ? Rêvez-vous de pages de couvertures de magazines ?
Ce n’est pas cela qui me fait courir. Oui, je suis toujours flattée lorsqu’on évoque mes résultats, rien de plus normal. Mais cela ne va pas au-delà. Lorsque je lis un article me concernant, cela me fait plaisir. Oui je suis attentive à ce qu’on dit de moi sans pour autant craindre les médias, dans la mesure où ce qui est rapporté correspond à la réalité.
Qu’est-ce qui vous fait courir, souffrir pour atteindre et dépasser le niveau de vos adversaires ?
J’ai l’immense chance de pratiquer un sport qui me met au contact de la nature. J’aime les espaces, la diversité des lieux, les montagnes. Je ne pourrais pas pratiquer la natation, nager en bassin, confinée dans une piscine. Il me faut un horizon, de l’espace. A la base, mon sport est pour moi un loisir.
Quel regard portez-vous sur le sport, son contenu spectaculaire, ses émotions, son impact planétaire, mais également ses dérives ?
Je souhaite effectivement que l’image du sport, du moins d’une certaine image du sport s’améliore. J’avais été très sensibilisée et choquée en même temps après la publication des informations sur le dopage lors des JO de Sotchi. C’est triste et cela m’inquiète pour l’avenir du sport et des conséquences sur ses acteurs, les jeunes en particulier.
Cette situation, ces tricheries liées au dopage n’affectent heureusement pas mon sport, le ski-alpinisme. Peut-être est-il épargné parce qu’il n’y circule que très peu d’argent ? Je ne sais pas, mais souhaite qu’il se développe sainement.

Post scriptum
Le 19 février prochain, Marianne Fatton sera au départ de la première épreuve olympique de sprint féminin de ski alpinisme. Un rendez-vous avec l’histoire de sa discipline, avec celle des Jeux olympiques d’hiver. Un rendez-vous que tous les neuchâteloises et les neuchâtelois ne manqueront pour rien au monde.
Au-delà du seul résultat, la vie de Marianne changera dès lors qu’elle touchera des deux mains les oliviers du Mont Olympe ! Elle sera désormais une ‘Olympian’ !


